Pollution aux PFAS : la coopération des territoires comme levier de résilience

Substances invisibles, enjeux bien réels : les PFAS cristallisent les tensions entre santé publique, pollution industrielle et gouvernance locale. Pour y répondre, un colloque réunira à Lyon, les 6 et 7 octobre, des experts du Québec et d’Auvergne-Rhône-Alpes. Organisé dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier, il croisera approches scientifiques, coopérations territoriales et retours d’expérience pour penser la résilience face aux pollutions émergentes.

Par Marie Privé

EJC Publié le 19 septembre 2025 / Dernière mise à jour le 19 septembre 2025
Présents dans l’eau, les PFAS représentent un enjeu sanitaire et environnemental majeur. (photo : Jonas Kim – Pixabay)

Ils sont invisibles, persistants, omniprésents. Présents dans l’eau, l’air, les sols, et jusque dans notre sang, les PFAS – substances per- et polyfluoroalkylées – représentent un enjeu sanitaire et environnemental majeur. Longtemps passées sous les radars, ces molécules aux propriétés chimiques tenaces sont désormais dans le viseur des scientifiques, des pouvoirs publics… et des citoyens.

Pour mieux comprendre les risques liés à ces « polluants éternels » et réfléchir à des réponses collectives, un colloque franco-québécois réunira, les 6 et 7 octobre à Lyon, des experts de tous horizons. Un événement en deux volets – grand public et professionnel – organisé dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier, qui s’inscrit dans le thème 2025 : « Résiliences et transformations : nouvelles dynamiques pour un monde en mutation ». Aux commandes de cette coopération : le professeur Sébastien Sauvé, chercheur à l’Université de Montréal et spécialiste de la pollution environnementale, et Frédéric Laroche, directeur général du pôle de compétitivité chimie-environnement AXELERA. Tous deux partagent la conviction que seule une approche transversale, scientifique et collaborative permettra de répondre à l’ampleur du défi.

Une alerte scientifique devenue enjeu collectif

« Les PFAS, c’est un peu comme l’amiante dans les années 1970 : tout le monde en utilise, personne ne se rend compte du problème, jusqu’à ce que les données s’accumulent. » Pour Sébastien Sauvé, la comparaison est éclairante. Utilisées depuis les années 1950 pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur, ces substances se retrouvent dans une multitude de produits du quotidien : textiles, emballages alimentaires, cosmétiques… Résultat : une contamination diffuse, persistante, qui touche à la fois l’environnement et la santé humaine.

Le problème, c’est leur extrême stabilité chimique. « On les appelle « polluants éternels » parce qu’ils se dégradent très lentement. Et quand on commence à les détecter dans l’eau potable, c’est déjà trop tard. » Face à cette menace silencieuse, la recherche joue un rôle clé : identifier les molécules, cartographier les contaminations, évaluer les risques. « Mais la science seule ne suffit pas, souligne Frédéric Laroche. Il faut créer des ponts entre les connaissances, les décideurs et les solutions. » 

Au Québec comme en Auvergne-Rhône-Alpes, des mobilisations citoyennes ont émergé autour de la qualité de l’eau. Des échantillonnages indépendants ont révélé la présence de PFAS dans certaines nappes ou cours d’eau. Autour de Lyon, les travaux du professeur Sauvé ont mis en évidence une contamination des sols bien plus étendue que ne le montraient les cartes officielles. Des résultats qui accélèrent la prise de conscience, mais posent aussi la question des moyens à mobiliser. « On a besoin de mieux comprendre et de mieux coopérer », résume-t-il.

Une coopération transatlantique pour mieux agir

Derrière la problématique des PFAS, ce sont des visions de la gouvernance et des outils concrets qui se confrontent – et parfois se complètent. « Au Québec, on a un système assez centralisé, où le gouvernement provincial définit les normes et coordonne les réponses », explique Sébastien Sauvé. En France, la gestion de l’eau implique une multiplicité d’acteurs : services de l’État, collectivités, agences, industriels… « Cela peut ralentir les décisions, mais c’est aussi un écosystème riche, avec beaucoup d’initiatives locales et une expertise très pointue. »

C’est cette diversité d’approches que les organisateurs veulent valoriser. En réunissant chercheurs, élus, entreprises, associations et opérateurs de l’eau des deux côtés de l’Atlantique, ils entendent créer un espace de dialogue concret et décloisonné. « Ce que chacun fait dans son coin ne suffit plus. Face à une crise systémique, il faut structurer une réponse systémique. C’est là que la coopération prend tout son sens », souligne Frédéric Laroche.

Les Entretiens Jacques Cartier offrent pour cela un cadre privilégié. La première soirée, ouverte au grand public, posera les bases : comprendre les enjeux, clarifier les responsabilités, rendre visibles les solutions. La seconde journée, plus technique, réunira experts et décideurs au salon Pollutec. Objectif : identifier des pistes de collaboration en matière de réglementation, dépollution ou transformation industrielle. « On veut que les participants repartent avec des idées, des contacts, mais aussi des outils pour passer à l’action », conclut Frédéric Laroche.

PFAS, résilience et transformations territoriales

En filigrane de ces échanges, une conviction partagée : la lutte contre les pollutions émergentes comme les PFAS ne peut se penser hors sol. Elle doit s’ancrer dans les territoires, en tenant compte de leurs contraintes, de leurs ressources, mais aussi de leur capacité à se transformer. « Ce n’est pas juste un problème technique ou environnemental. C’est un révélateur de notre rapport aux ressources, à la production industrielle, à la gouvernance locale », résume Frédéric Laroche.

La notion de résilience prend ici tout son sens. Il ne s’agit pas seulement de résister aux chocs, mais de se réinventer. « Les solutions existent, mais elles doivent s’adapter aux réalités locales. On ne déploie pas les mêmes outils dans une métropole, un territoire industriel ou une zone rurale. D’où l’importance de croiser les regards, de partager les retours d’expérience, de sortir des silos », souligne Sébastien Sauvé.

En favorisant les synergies entre chercheurs, acteurs de l’eau, industriels et décideurs, les organisateurs veulent initier une dynamique durable. « Ce n’est pas un one shot. On veut poser les bases d’une collaboration pérenne entre l’Auvergne-Rhône-Alpes et le Québec autour de ces enjeux », insiste Frédéric Laroche. En réunissant science, expertise opérationnelle et coopération entre territoires, ce rendez-vous s’inscrit pleinement dans l’esprit des Entretiens Jacques Cartier. Une manière concrète de faire progresser la collaboration transatlantique — et, peut-être, d’inventer de nouvelles formes d’action collective face aux défis de notre époque.

À SAVOIR :

« Exploration de la problématique PFAS sur le territoire de la Métropole de Lyon – Dialogue AURA-Québec pour Une seule Santé »
(conférence grand public)

Lundi 6 octobre 2025, 19h45
CPE Lyon
3, rue Victor Grignard, Villeurbanne.
Informations et inscriptions

« PFAS et Une seule santé : vers une coopération Auvergne-Rhône-Alpes-Québec pour des territoires résilients » (dans le cadre du Salon Pollutec)

Mardi 7 octobre 2025, à partir de 9h25
Eurexpo – Salles Lumières 7-8
Boulevard de l’Europe, Chassieu
Informations et inscriptions