Depuis 20 ans, l’éditeur de logiciels NEO-FUGU® trace sa route dans le secteur exclusif de la joaillerie de luxe. Son implantation récente au Québec a été rendue possible grâce aux rencontres nouées lors des précédents Entretiens Jacques Cartier, qui ont joué un rôle décisif dans la concrétisation du projet.
Entretien avec Thomas Lamy, dirigeant de cette PME clermontoise à l’ambition discrète, mais assumée.

Rien ne destinait Thomas Lamy à devenir un expert du luxe artisanal. Ingénieur en informatique, il amorce sa carrière dans une grande entreprise, mais réalise rapidement qu’il aspire à plus de liberté. En 2004, une rencontre décisive change sa trajectoire : le dirigeant d’une PME lyonnaise sous-traitante pour les grandes maisons de joaillerie lui propose de l’accompagner dans un projet de modernisation. Ce dernier cherche à prendre de l’avance sur les mutations à venir dans la filière : montée de la concurrence internationale, pression accrue sur les délais et les marges, exigences de qualité renforcées… Il pressent que l’innovation numérique pourrait devenir un levier décisif. « Il a eu le nez pour se dire qu’il fallait commencer à innover. » En s’immergeant dans cet univers, Thomas Lamy découvre un métier aux contraintes uniques, où aucun outil de gestion ne répond vraiment aux réalités de terrain. Il fonde alors NEO-FUGU®, avec l’ambition de développer un logiciel sur mesure pour les ateliers artisanaux du luxe : petites séries, traçabilité fine, exigences métier, flexibilité des usages.
Partenaire des plus grandes maisons du luxe
D’abord adopté par de petits ateliers, NEO-FUGU® s’est peu à peu fait un nom dans la filière. Et puis un jour, le téléphone sonne : Chaumet cherche une solution métier, sur recommandation. « Ils avaient entendu parler de nous. Ça s’est enchaîné assez vite ensuite. » Au fil des années, des sous-traitants, puis des maisons iconiques du secteur joignent le mouvement. Le logiciel devient un outil central dans les ateliers de joailliers, polisseurs, sertisseurs, de Paris à Lyon, en passant par le Jura et la Suisse (Barcelone, Porto, Bangkok…). Dans cette niche de haute précision, la PME clermontoise ne cesse de s’adapter. L’entreprise étoffe son équipe, étend sa solution à d’autres secteurs du luxe : maroquinerie, textile haut de gamme. Toujours avec la même philosophie : travailler en étroite collaboration avec les artisans pour concevoir des outils qui respectent leur réalité. « L’enjeu, c’est d’accompagner la transition numérique sans heurter la culture métier. On parle à des artisans d’excellence, il faut comprendre leurs gestes, leur vocabulaire, leurs contraintes. » Un positionnement qui, aujourd’hui encore, fait la singularité de l’entreprise.
Cap sur Montréal
Pendant longtemps, Thomas Lamy imagine développer NEO-FUGU® à l’international en passant par l’Italie, marché stratégique pour la joaillerie. Mais en 2024, c’est une opportunité plus inattendue qui se présente. « Gabriel, un membre de notre équipe, m’annonce qu’il va retourner vivre à Montréal. J’ai dit : dans ce cas, on ouvre NEO-FUGU® Canada. Deux jours plus tard, c’était décidé. » Pas de plan stratégique à long terme, pas de benchmark de marché : juste une occasion humaine et un alignement immédiat avec les valeurs de l’entreprise. Car Montréal, ville francophone, dynamique, et dotée d’un écosystème créatif en pleine effervescence, coche toutes les cases. Reste à structurer le projet. Et c’est là que les Entretiens Jacques Cartier vont jouer un rôle décisif. L’entreprise est invitée à rejoindre une délégation régionale, pilotée par Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, qui participera à l’édition 2024, au Québec. « J’étais en mode découverte, sans attentes précises. Mais très vite, tout s’est enclenché. »
Les Entretiens Jacques Cartier, catalyseur de réseau
Lors des Entretiens Jacques Cartier à Montréal, en octobre 2024, Thomas Lamy et Gabriel Bouriez participent à plusieurs rendez-vous organisés dans le cadre de la délégation économique. En quelques jours, tout s’accélère : « J’ai rencontré des avocats, des experts-comptables, des banquiers, des entrepreneurs, des élus locaux et régionaux, le Consulat général de France… On a fait en quatre jours ce qui nous aurait pris six mois tout seuls. » Au-delà des échanges formels, c’est l’ambiance de confiance et d’ouverture qui marque l’entrepreneur. Les bons contacts s’enchaînent, les barrières tombent vite. À son retour, tout est prêt pour lancer l’implantation. En janvier 2025, NEO-FUGU® Canada est officiellement créée. En mai, un premier client québécois est signé. Une efficacité rendue possible par la qualité du réseau mobilisé autour des Entretiens : acteurs publics, experts du territoire, relais d’affaires…
« On a bénéficié d’un écosystème prêt à nous accueillir. Les Entretiens Jacques Cartier ont été un vrai catalyseur. »
Pour Thomas Lamy, cette implantation canadienne n’a rien d’un coup marketing. Elle s’inscrit dans la continuité de la philosophie de son entreprise : faire confiance aux rencontres, s’adapter aux opportunités et avancer avec pragmatisme. « On n’a pas de plan à cinq ans. On travaille avec les bonnes personnes, au bon moment. Et jusqu’ici, ça nous réussit. » S’il ne revendique pas de recette toute faite, il encourage les PME de la région à s’appuyer sur les ressources existantes. « Le soutien de la Région, l’appui des agences comme Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, les dispositifs comme les Entretiens Jacques Cartier… tout ça peut vraiment faire la différence. Il faut oser y aller. »
Aujourd’hui, NEO-FUGU® se déploie des deux côtés de l’Atlantique avec la même exigence : comprendre le métier de ses clients, et construire des outils qui s’adaptent à eux, pas l’inverse. Une approche artisanale du logiciel, en somme — à l’image des ateliers qu’elle accompagne. Une trajectoire qui montre qu’en s’appuyant sur son savoir-faire, l’écoute du terrain et des relais bien choisis, une PME peut s’ouvrir à l’international avec justesse et cohérence.