Économie circulaire : le dialogue France-Québec s’intensifie

Depuis Montréal et Saint-Étienne, le CERIEC et le CIRIDD travaillent main dans la main pour mieux suivre et comprendre les progrès de l’économie circulaire. Lors de l’édition 2025 des Entretiens Jacques Cartier, les deux partenaires ont réuni leurs communautés autour d’un enjeu essentiel : construire des indicateurs enfin capables d’éclairer la transition.

Par Marie Privé

EJC Publié le 04 décembre 2025 / Dernière mise à jour le 04 décembre 2025
Stéphane Armanda, sous-ministre adjoint au Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec, était l’un des intervenants du colloque, témoignant de l’intérêt actuel des grandes collectivités, dont le Gouvernement du Québec, pour les enjeux de l’économie circulaire.

Depuis plusieurs années, la France et le Québec avancent côte à côte pour faire progresser l’économie circulaire. À Montréal comme à Saint-Étienne, cette dynamique s’incarne dans la collaboration entre le Centre d’études et de recherches intersectorielles en économie circulaire (CERIEC) et le Centre international de ressources et d’innovation pour le développement durable (CIRIDD). Née en 2018 autour de la plateforme Québec circulaire, cette relation s’est consolidée au fil des rencontres et des projets communs. « On voulait trouver toute l’information au même endroit, montrer concrètement ce qu’était l’économie circulaire », explique Émilie Chiasson, conseillère en communication au CERIEC de l’École de technologie supérieure de Montréal.

À l’époque, le Québec choisit de rejoindre un réseau international de plateformes en économie circulaire, existant depuis 2015, afin de mutualiser les ressources plutôt que de développer son outil de manière isolée. Ce rapprochement ouvre la voie à une circulation plus fluide des projets, des rapports et des innovations entre les deux rives de l’Atlantique. Très vite, il devient évident que la collaboration gagnerait à être incarnée, nourrie par des rencontres régulières. « On croit vraiment à la nécessité de tisser des liens humains pour briser les silos », insiste Émilie.

C’est précisément ce que permettent les Entretiens Jacques Cartier. Chaque année, le colloque devient un point de ralliement naturel pour réunir chercheurs, collectivités, entreprises et partenaires qui, autrement, ne se croiseraient pas toujours. Pour Oriane Marignier, responsable de projet au CIRIDD à Saint-Étienne, ce rendez-vous s’inscrit pleinement dans la dynamique France–Québec : « C’est une collaboration qui se fait annuellement, organiquement, et qui nous apporte beaucoup. » Au fil des éditions, la Rencontre France–Québec de l’économie circulaire s’est ainsi imposée comme un cadre structurant pour faire avancer, ensemble, des enjeux partagés.

Un chantier technique, un enjeu majeur

Pour leur édition 2025, les organisateurs ont choisi de se pencher sur un thème aussi essentiel que difficile à manier : les indicateurs de circularité. Un sujet très technique, reconnaît Oriane Marignier, mais indispensable pour orienter la transition : « On a du mal à formaliser des indicateurs actionnables. Or sans outils de mesure fiables, impossible de comprendre d’où l’on part, où aller et comment suivre les progrès. »

Le colloque – organisé en collaboration avec la Chaire économie circulaire industrielle de l’ITECH Lyon – s’est articulé autour de quatre tables rondes, réunissant entreprises, collectivités, chercheurs et experts spécialisés. L’idée : croiser les perspectives, identifier les manques, mettre en lumière les avancées et faire dialoguer des acteurs qui n’utilisent pas toujours les mêmes référentiels. Les échanges ont rapidement confirmé une réalité bien connue des deux rives : les enjeux sont communs, mais les réponses diffèrent. « On a les mêmes défis, mais pas les mêmes expérimentations », constate Émilie Chiasson.

Collecte de données fragmentée, indicateurs idéaux mais difficilement mesurables, décalages entre besoins opérationnels et outils disponibles : le diagnostic est partagé. Le Québec comme la France manquent encore de structures stables pour rassembler et analyser les données, et les acteurs avancent souvent en silo. En rassemblant ces communautés, le colloque cherchait à « ouvrir les horizons », comme le dit Oriane, et à poser les bases d’un langage commun.

Ce que le colloque a révélé

Au fil des échanges, un message a vite émergé : mesurer la circularité est indispensable, mais les moyens restent limités pour collecter et analyser les données. « Documenter, donner accès aux données, aux bonnes personnes : c’est le nerf de la guerre, résume Émilie Chiasson. Les initiatives entourant l’économie circulaire se multiplient, mais leur mesure de performance et d’impact demeure ardue. »

Pour nourrir la réflexion, plusieurs chiffres clés ont été partagés. Le taux de circularité du Québec atteint seulement 2,5 %, ce qui signifie que 97,5 % des matières ne sont pas réintégrées à l’économie après un premier cycle de production/ consommation[1]. Par ailleurs, 86,9 % des entreprises québécoises déclarent appliquer au moins une pratique écoresponsable[2], tandis que la productivité des matières – la valeur créée pour chaque tonne consommée – s’élève à 1 680 $/tonne[3]. « On voit qu’il y a des avancées, mais aussi d’immenses angles morts », commente Émilie.

Ces observations ont trouvé un écho dans les discussions menées pendant la journée : « Vingt experts ont pu intervenir et ils font tous le même constat », souligne Oriane Marignier. Cette mise à plat collective, « un peu comme remettre les pendules à l’heure », nourrit déjà les travaux du réseau international de plateformes : capitalisation des connaissances, repérage de spécialistes, nouvelles pistes de collaboration… Au-delà des chiffres, c’est ce regard croisé France–Québec qui donne sa portée à l’événement, en renforçant les liens d’un réseau appelé à travailler ensemble sur la durée.

En route vers les EJC 2026 !

Parmi les temps forts du colloque, la présentation consacrée au futur passeport numérique de produit[1] a particulièrement retenu l’attention. La présence de la Métropole de Lyon, de la Ville de Montréal et du Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) du Québec a également donné du poids aux échanges, en témoignant de l’intérêt actuel des grandes collectivités pour ces enjeux. Au-delà des interventions, les moments informels ont joué un rôle décisif. Les discussions en marge des tables rondes ont permis de créer de nouveaux liens et d’alimenter des collaborations qui se poursuivront tout au long de l’année. Avec amusement, Émilie Chiasson glisse que ces moments de recul permettent de se rendre compte qu’« on n’est pas tout seuls à ramer » !

Les deux organismes prévoient désormais de déposer une nouvelle proposition pour l’édition 2026 des Entretiens Jacques Cartier, qui se tiendra à Montréal. D’ici là, le travail continue via les plateformes, la diffusion de contenus et les contacts noués pendant l’événement. Reste à choisir la prochaine thématique : un nouveau sujet commun aux deux territoires, fidèle à l’esprit France–Québec qui guide leur collaboration depuis plusieurs années.

Chaque année, le colloque devient un point de ralliement naturel pour réunir chercheurs, collectivités, entreprises et partenaires qui, autrement, ne se croiseraient pas toujours. 


[1] Circularity Gap Report – Québec, 2025

[2] Statistique Québec – Développement durable, économie verte et pratiques écoresponsables

[3] Institut de la statistique du Québec – Productivité des matières 2021

[4] Le passeport numérique des produits (DPP) est une nouvelle réglementation européenne qui vise à centraliser toutes les informations essentielles concernant un produit, telles que ses matériaux, son cycle de vie, ses instructions d’entretien, et son impact environnemental.