
« On se ressemble énormément », résume Raymond Le Moign, directeur général des Hospices Civils de Lyon (HCL). D’un côté de l’Atlantique comme de l’autre, les centres hospitaliers universitaires font face aux mêmes bouleversements : vieillissement de la population, tensions sur les ressources humaines et financières, transformation numérique ou encore nécessité de repenser les parcours de soins. C’est de ce constat partagé qu’est née, l’an dernier, une première rencontre sectorielle réunissant les directions de CHU dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier. Pour le dirigeant lyonnais, les échanges se sont imposés naturellement : « Les CHU se posent des questions identiques. Comment fait-on alliance dans nos territoires ? Comment appréhende-t-on l’innovation numérique, le pilotage par la donnée ? » Malgré des cadres réglementaires différents, les préoccupations convergent largement entre établissements français et québécois.
Même constat du côté de Martin Beaumont, président-directeur général du CHU de Québec-Université Laval, qui évoque une véritable prise de conscience lors des premiers échanges. « Les CHU ont des responsabilités territoriales très importantes, explique-t-il, notamment pour maintenir l’accès aux soins spécialisés sur des territoires parfois immenses et fragilisés. » Dans un contexte de fortes pressions financières, les établissements doivent aussi apprendre à « créer plus de valeur » et à organiser plus efficacement l’innovation. Au-delà des différences de fonctionnement, cette première rencontre a surtout permis de faire émerger un langage commun et l’envie de structurer davantage les coopérations à venir.
Passer du ponctuel au durable
Longtemps, les échanges entre établissements de santé français et québécois sont restés ponctuels. Déjà impliqués depuis de nombreuses années dans les Entretiens Jacques Cartier à travers l’organisation de colloques, les HCL ont souhaité aller plus loin. À l’initiative de Raymond Le Moign, une première rencontre sectorielle réunissant les directions de CHU a ainsi vu le jour l’an dernier, avec l’ambition de créer un dialogue plus structuré à l’échelle franco-québécoise.
Cette dynamique a notamment conduit à l’arrivée du CHU de Québec-Université Laval parmi les partenaires du Centre Jacques Cartier. Pour Martin Beaumont, ce changement d’échelle transforme profondément les échanges : « Quand on est dans une perspective à long terme, cela nous permet de développer une relation de confiance, on s’ouvre beaucoup plus. On est capables de parler de nos forces, de nos pistes d’amélioration, mais aussi de nos besoins. »
Ce rapprochement permet aussi de mobiliser les équipes des deux côtés de l’Atlantique. « Les projets déposés à l’occasion des Entretiens suscitent déjà une forme d’émulation collective », observe Martin Beaumont. Pour le dirigeant québécois, les Entretiens Jacques Cartier offrent aussi un espace devenu rare dans le quotidien hospitalier : celui de « monter au balcon ». Autrement dit, prendre de la hauteur, confronter ses pratiques à d’autres modèles et penser collectivement les transformations à venir plutôt que de seulement « gérer l’urgence ».
Pour Raymond Le Moign, cette montée en puissance du volet santé constitue également un tournant pour les EJC eux-mêmes. « C’est une chance pour les CHU, mais aussi pour les Entretiens Jacques Cartier », insiste-t-il. Acteurs majeurs de l’innovation, de la recherche et de la formation, les centres hospitaliers universitaires occupent aujourd’hui une place centrale dans les mutations économiques et sociales des territoires. Leur implication croissante contribue ainsi à inscrire durablement les enjeux de santé au cœur des coopérations franco-québécoises portées par les Entretiens.
« Comment gère-t-on ces paquebots ? »
Au-delà des constats partagés, les échanges entre CHU d’Auvergne-Rhône-Alpes et du Québec font émerger des sources d’inspiration très concrètes. Chaque territoire apporte alors ses propres savoir-faire, ses méthodes de gouvernance et ses manières d’aborder les transformations du système de santé. Martin Beaumont se dit notamment impressionné par le niveau de structuration du réseau hospitalier français, mais aussi par sa maturité sur les questions de transformation numérique. « Sur ces sujets, la France est vraiment en avance », reconnaît-il. Pour sa part, Raymond Le Moign observe avec intérêt la capacité des établissements québécois à penser leur responsabilité territoriale ou à développer des collaborations étroites avec les entreprises et les acteurs de l’innovation.
Mais les échanges dépassent largement les seules questions techniques. « Comment gère-t-on ces paquebots ? », résume Raymond Le Moign en évoquant la complexité des centres hospitaliers universitaires, à la fois lieux de soins, de recherche, de formation et d’innovation. Il salue notamment le travail mené par les équipes québécoises autour du pilotage stratégique et de la conduite du changement. « Il y a un vrai savoir-faire dans la manière de décliner un projet stratégique et d’en sécuriser les résultats à tous les échelons », observe-t-il.
Dans un contexte de vieillissement des populations et de tensions sur les ressources, les deux dirigeants partagent aussi la nécessité d’inventer de nouvelles façons de faire. Martin Beaumont parle ainsi d’une « innovation frugale » : « Comment réussir à faire plus avec moins ? » Pour Raymond Le Moign, ce détour par l’autre permet surtout de prendre du recul sur ses propres pratiques : « Le fait même de se décentrer nous autorise à poser des questions que nous ne poserions pas aussi facilement chez nous. »
La thématique des Entretiens Jacques Cartier 2026, « Liberté, responsabilité, souveraineté : des défis pour innover ensemble », résonne particulièrement avec les enjeux actuels du monde hospitalier. Pour Raymond Le Moign, les questions de souveraineté renvoient notamment à l’autonomie stratégique des systèmes de santé, qu’il s’agisse des données, des innovations ou des ressources. Des enjeux qui ne pourront, selon les deux dirigeants, être pensés de manière isolée. Comme le résume Martin Beaumont, « l’innovation est un sport de contact ». Autant de réflexions qui devraient nourrir les coopérations franco-québécoises dans les années à venir.
Le CHU de Québec-Université Laval, nouveau partenaire du Centre Jacques Cartier
Le Centre Jacques Cartier est heureux d’accueillir le CHU de Québec–Université Laval, au sein de son réseau de partenaires. Plus important centre hospitalier universitaire du Québec et acteur majeur de la recherche et de l’innovation en santé au Canada, il contribue activement à l’avancement des soins, de l’enseignement et des connaissances médicales.
Le CHU de Québec–Université Laval regroupe l’Hôtel-Dieu de Québec, l’Hôpital Saint-François d’Assise, l’Hôpital du Saint Sacrement, l’Hôpital de l’Enfant-Jésus ainsi que le CHUL et Centre mère-enfant Soleil.
Dispensant des soins généraux et spécialisés, mais surtout surspécialisés, il dessert la population de tout l’est du Québec et du nord-ouest du Nouveau-Brunswick, soit un bassin de près de deux millions de personnes. Étroitement lié à l’Université Laval et orienté vers l’avenir, il est un pôle majeur en enseignement universitaire au Québec et détient également une mission de recherche dans de nombreux domaines d’excellence, d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé, d’innovation pour bâtir le système de santé de demain et de promotion de la santé.
Le CHU compte près de 19 000 intervenants, dont près de 13 000 employés, 1 574 médecins, dentistes et pharmaciens, de même que 179 bénévoles. Son Centre de recherche est l’un des plus importants centres de recherche médicale francophones en Amérique du Nord, avec un budget annuel de 132,6 M$, 1 138 chercheurs, 1 562 employés et 1 234 étudiants aux cycles supérieurs.