
À l’heure où les usages de l’histoire et du patrimoine suscitent de nombreux débats, le colloque « Patrimoines contestés, savoirs disputés : histoire et mémoires en partage. Expériences Québec – Auvergne-Rhône-Alpes» entend croiser les regards des chercheurs, des professionnels de la culture et des acteurs citoyens.
Emmanuelle Picard, professeure d’histoire moderne à l’ENS de Lyon, et Pascal Bastien, vice-doyen à la recherche à la Faculté des sciences humaines de l’UQÀM, reviennent sur les enjeux de cette rencontre transatlantique, consacrée aux manières de fabriquer, transmettre et questionner les récits historiques.
Pouvez-vous nous présenter votre colloque en quelques mots et expliquer ce qui en fait l’originalité ?
Ce colloque donnera la parole à des universitaires, des professionnels de la culture et des groupes citoyens pour mieux comprendre les enjeux et les défis entourant la mémoire, interrogeant dans le même temps, les processus de fabrication de l’histoire et de sa transmission. Il permettra de mettre en relief des pratiques, au sein des espaces traditionnels de diffusion du patrimoine tel que les musées, mais aussi dans l’espace public ou du cinéma, qui permettent de repenser, déplacer et revisiter ces questions, à l’aune d’approches originales et innovantes. Des pratiques qui, en outre, en raison de contextes culturels propres de part et d’autre de l’Atlantique, peuvent s’avérer riches de complémentarité.
Pourquoi cette thématique est-elle particulièrement importante aujourd’hui ?
Ce sujet est éminemment contemporain et sensible. À l’heure de la désinformation, la question de la vérité historique ne cesse de se poser. Comment établir une post-vérité historique qui tient compte des marges et des minorités ? Comment redonner confiance dans les processus de fabrication et de transmission de l’histoire, pour cerner ses manipulations populistes ? Ce sont autant de questions auxquelles nous aimerions réfléchir collectivement afin de développer des outils concrets et partagés par les professionnels et les chercheurs, pour favoriser notamment des politiques patrimoniales plus inclusives, une gouvernance éthique des collections et un renforcement du dialogue transatlantique sur ces sujets.
Qu’aimeriez-vous que les participants et participantes retirent/retiennent de ce colloque ?
Nous aimerions que les participants et participantes interrogent leur propre rapport à l’histoire et au patrimoine. Qu’ils et elles découvrent des expériences et des approches originales et innovantes sur ces questions. Peut-être, susciter un désir d’engagement contre les manipulations de l’histoire. Et par-dessus tout, nous espérons permettre à tous et toutes de développer leur esprit critique et de repartir avec des outils qui les habilitent à exercer une citoyenneté pleine et éclairée en la matière.
Quand votre collaboration a-t-elle débuté, quelles en ont été les principales retombées jusqu’à présent et qu’en attendez-vous pour la suite ?
Historiens des institutions, de l’espace public et de la citoyenneté, notre collaboration est née, depuis quelques années, dans le cadre de projet d’échanges et de mobilités entre nos universités. Les Entretiens Jacques Cartier nous ont permis de nous appuyer sur cette complicité historienne pour interroger plus largement les questions de mémoire dans la Cité, en interrogeant notamment des acteurs avec lesquels nous n’avons pas l’habitude de travailler : musées, associations… au cœur de la brûlante actualité sur les usages de l’histoire.
À savoir :
« Patrimoines contestés, savoirs disputés : histoire et mémoires en partage. Expériences Québec – Auvergne-Rhône-Alpes »
Colloque proposé par l’Université du Québec à Montréal et l’École normale supérieure de Lyon
Mardi 10 novembre, à partir de 9h, au Centre des mémoires montréalaises.